L’ère « sans écran » de la narration cinématographique
La disparition des limites, de la « narration linéaire » à « l’interaction neuronale »
L’ère « sans écran » de la narration cinématographique

Hier, j’ai vu une vidéo à couper le souffle : une jeune chercheuse tenait entre ses doigts une fibre extrêmement fine, semblable à un neurone, et la posait délicatement sur le dos de la main du présentateur télévisé Sa Beining. Ce filament fragile émettait une douce lumière violette, comme s’il était vivant.

Sa Beining s’exclama, émerveillé : « Parbleu ! c’est aussi doux qu’un duvet ! » La réponse de la chercheuse m’a encore plus profondément marqué : « Il est presque aussi souple et délicat que nos neurones. Le cerveau le percevra comme une partie de son propre système et ne le rejettera jamais. »

Voilà la réponse que nous cherchions depuis longtemps.

En tant que réalisatrice, en tant que créatrice cherchant à définir un nouveau langage médiatique, je suis pleinement consciente que nous nous trouvons à un carrefour. Si l’Apple Vision Pro représente la disparition du « cadre », alors cette interface cerveau-ordinateur enfin biocompatible marque la disparition définitive de l’« écran ». Il ne s’agit plus d’un dispositif externe froid et distant, mais d’une véritable extension de nos sens.

Avec mon partenaire Denis, nous avons imaginé cet avenir d’innombrables fois :

  • Lecture en temps réel des émotions : comment capturer ce frisson ou cette tristesse précisément au moment où ils émergent chez le spectateur ?
  • Retour visuel immédiat : la puissance de calcul sera-t-elle capable de soutenir les images fugaces et changeantes issues des profondeurs de l’esprit ?
  • Dé-médicalisation de la salle : comment garantir que le cinéma du futur soit un espace de rêve, et non une salle d’opération froide et inquiétante ?

L’émergence de cette interface flexible et innovante résout le problème le plus crucial : le rejet. Lorsque la technologie n’envahit plus le corps mais se fusionne avec lui, le cinéma se transforme d’un « espace de vision » en un « rêve partagé ».

Je suis profondément émue : je peux enfin imaginer comment ces idées, conçues et affinées d’innombrables fois dans mon esprit, peuvent devenir réalité.

Mais comment réaliser ce changement de paradigme ? La solution réside dans l’intégration fluide de trois facteurs fondamentaux :

  1. Le passage du « voir » au « ressentir ». La narration linéaire traditionnelle impose le point de vue du réalisateur au spectateur. À l’ère de l’interaction neuronale, la narration devient une résonance bidirectionnelle. Le film ne sera plus une œuvre prédéfinie, mais un organisme vivant capable de percevoir les niveaux de dopamine du spectateur et d’adapter en temps réel le ton et le rythme.
  2. L’émotion comme « storyboard ». Dans le futur du processus créatif, le storyboard ne sera plus seulement une composition visuelle, mais une courbe émotionnelle. Lorsque le système détectera que l’émotion du spectateur atteint un seuil critique, l’histoire se dirigera-t-elle vers la catharsis ou approfondira-t-elle ses zones d’ombre ? Quand aura lieu ce basculement ? Cela résultera de l’interaction entre le subconscient du spectateur et la créativité du réalisateur.

Le cycle fermé de la narration en rétroaction neuronale

Grâce à cette interface biocompatible, nous pourrons construire un cycle continu « cerveau → calcul → image → cerveau ». Il ne s’agira plus de voir « ce qui est montré », mais « ce qui est pensé ».

Cette petite fibre lumineuse violette m’a révélé un fragment de mon « rêve impossible ». Nous ne serons plus seulement des observateurs derrière la caméra capturant lumière et ombre, mais des tisseurs de rêves au sein des réseaux neuronaux.

Comme je l’ai déjà évoqué en parlant de spatial computing, nous passons de « regarder » une histoire à « participer » à une histoire. Aujourd’hui, grâce aux avancées des interfaces neuronales, nous sommes sur le point de franchir la dernière étape : « devenir » cette histoire.

En tant que créateurs d’un nouveau langage cinématographique, nous commencerons immédiatement à explorer ce territoire. Nous voulons réaliser une transition fluide de la « narration linéaire » à l’« interaction neuronale ».

Mais la véritable question est la suivante : l’intégration des BCI, de la narration spatiale et de l’interaction neuronale deviendra-t-elle réellement le prochain « point de singularité » de l’art cinématographique ?